Compensation écologique

Actualités

Compensation écologique de haies : les clés pour des mesures efficaces et pérennes

Compensation écologique de haies

La recherche de foncier compensatoire pour la plantation de haies fait partie des missions régulières de Dervenn Compensation Écologique du fait de la destruction de cet habitat lors des projets d’aménagement. Lorsqu’elles sont en bon état écologique, les haies accueillent en effet une diversité importante d’espèces (oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens, chiroptères, coléoptères…), dont certaines sont protégées par la règlementation. Après avoir mis en œuvre des mesures d’évitement et de réduction de leurs impacts, les porteurs de projet ont l’obligation de les compenser pour l’obtention d’une dérogation à l’atteinte à des espèces protégées.

Qu’est-ce qu’une haie ?

Définition & fonctions

Créations emblématiques des paysages des régions bocagères, les haies sont des structures linéaires boisées qui assurent de nombreuses fonctions écologiques au sein des différents compartiments des écosystèmes terrestres. Cette multifonctionnalité des haies s’illustre tant du point de vue hydrologique, en ralentissant les ruissellements de surface et en favorisant l’infiltration des eaux en profondeur, que du point de vue pédologique et agronomique en limitant l’érosion des sols et le départ des nutriments nécessaires au développement des plantes vers les cours d’eau. Elles participent également à la régulation des cycles biogéochimiques par le captage et le stockage du carbone et l’épuration des eaux.

D’un point de vue agricole, les haies sont particulièrement utiles pour leur effet brise-vent, qui peut s’exercer sur une distance pouvant atteindre 20 fois leur hauteur. Leurs effets sur les cultures ont été démontrés : si une perte de rendement est généralement observée dans les premiers mètres qui bordent la haie, cette perte est compensée par un gain de rendement allant jusqu’à 20% à l’intérieur de la parcelle. Cela est non seulement lié à une meilleure infiltration et rétention de l’eau dans le sol et à l’effet barrière antiérosive que constituent les haies, mais également à la présence de nombreux auxiliaires des cultures et de pollinisateurs. S’agissant de l’élevage, les haies fournissent fourrage et litière au bétail et le protègent contre le vent, le soleil et les fortes chaleurs.

La structure des haies en différentes strates végétales (arborée, arbustive, herbacée) est d’une grande importance pour la biodiversité. Ces habitats accueillent en effet de nombreuses espèces, participant au cycle de vie des oiseaux, chiroptères, reptiles, amphibiens, micromammifères etc. Ce sont des éléments paysagers essentiels aux déplacements de la faune et qui participent aux continuités écologiques des territoires.

Haie diversifiée et structurée : favorable à la biodiversitéHaie taillée sur les 3 faces : peu diversifiée et peu structurée, ourlet herbacé absent : peu favorable à la biodiversité

Ci-dessous quelques exemples d’espèces et de leur utilisation des haies pour tout ou partie de leur cycle de vie :

Strate végétaleEspèceUtilisation de l’habitat
Ourlet herbacéFréquente les herbes hautes en lisière de haies pour se déplacer, chasser et pour la thermorégulation
Vipère péliade – Vipera berus
Nidification au sol, nid bien caché sous une touffe d’herbes ou dans la litière de feuilles.
Pouillot véloce – Phylloscopus collybita
Strate arbustiveHabitat terrestre à proximité d’un point d’eau
Rainette verte – Hyla arborea
Plantes hôtes des chenilles constituées notamment de saules, de noisetier, de groseillier, de houblon
Robert le diable – Polygonia c-album
Strate arboréeGite estival situé dans les anfractuosités et cavités arboricoles
Barbastelle d’Europe – Barbastella barbastellus
Coléoptère xylophage dont les larves consomment le bois sénescent et dépérissant de vieux chênes.
Grand Capricorne – Cerambyx cerdo

Enjeux associés aux haies

L’apogée du bocage en France est situé entre les années 1850 et 1930. Les haies délimitent les propriétés et sont exploitées pour leur bois d’œuvre et de chauffage, ainsi que pour leurs fruits. À partir de la Ière guerre mondiale et l’apparition du fil-de-fer barbelé, la fonction de clôture des haies perd peu à peu de son importance.

Mais c’est surtout à partir des années 1950 que la dynamique de recul des linéaires bocagers prend de l’ampleur. Les causes sont aujourd’hui bien connues :

– Remembrement des parcelles agricoles

– Mécanisation de l’agriculture

– Progression de l’urbanisation

– Mortalité liée à un abandon d’entretien ou à de mauvaises pratiques

– Vieillissement

– Apparition de maladies…

Il est ainsi estimé que 70% des haies ont disparu en France depuis le milieu du XIXème siècle, et le rythme de disparition n’est aujourd’hui toujours pas compensé par les plantations nouvelles. Entre 2017 et 2021, près de 24 000 km de haies ont disparu chaque année malgré les programmes de replantation.

Comment choisir l’emplacement d’une haie ?

La recherche de foncier compensatoire pour l’implantation de nouvelles haies bocagères implique de prendre en considération leur caractère multifonctionnel et de mobiliser plusieurs échelles géographiques. Ainsi, par une analyse cartographique du territoire concerné, les secteurs les plus propices sont privilégiés pour les travaux de plantation (fortes pentes, proximité avec un milieu aquatique ou une zone humide, zone de mise en connexion de haies existantes ou de boisements, secteur à faible densité de haies…).

Exemple d’analyse cartographique pour l’identification de secteurs d’intérêt

À l’échelle de l’exploitation ou de la parcelle ciblée, les zones privilégiées font l’objet d’échanges avec les propriétaires/exploitants afin de cerner les enjeux agricoles propres à chaque exploitation. Les emplacements choisis dépendent à la fois :

– des éléments boisés existants (haies et bosquets) ;

– du contexte topographique local (présence de ruptures de pente, de zone humide de fond de vallée, de cours d’eau, orientation des parcelles, etc.) ;

– des besoins exprimés par les agriculteurs et/ou éleveurs (surface attendue des parcelles, protection des troupeaux contre le vent ou le soleil, agrément paysager etc.) ;

– des contraintes observées sur site (présence d’une route, d’une ligne électrique aérienne, de réseaux souterrains, d’affleurements rocheux, etc.).

Exemple d’emplacement favorable à la plantation d’une haie, entre culture et zone humide

Préconisations pour la création d’une haie

Une fois l’emplacement choisi et validé avec le propriétaire, la plantation d’une haie fonctionnelle et résiliente nécessite une réflexion autour de questions telles que :

– La haie sera-t-elle plantée à plat ? Sur billon ou talus ?

– La haie sera-t-elle plantée sur 1 rang ? 2 rangs ? 3 rangs ?

– Quelles essences choisir pour quels objectifs ?

– Quelle modalité de protection des jeunes plants ?

Les réponses à ces questions sont propres au contexte et aux enjeux de chaque site (type de sol, proximité d’un milieu sensible à protéger, type de culture et de pâturage, présence d’éléments contraignants, espèces ciblées, etc.). Il existe néanmoins des préconisations générales s’appliquant dans la quasi-intégralité des mesures compensatoires :

– Après un travail du sol, planter une haie structurée en différentes strates végétales : sur les lignes de plantation, alterner les arbres de haut-jet avec des arbustes (généralement 1 haut-jet alterne avec 2 à 3 arbustes). Y incorporer des arbres de moyen-jet ou de cépée.

– Planter des essences locales, feuillues, en tenant compte du sol en présence (et, de plus en plus, du dérèglement climatique)

– Protéger les plants de l’abroutissement avec des gaines de protection, et 2 échalas (éventuellement mettre en place une clôture pour la protection contre les dégâts potentiels du bétail)

–  Pailler le sol avec un paillage biodégradable (paille, bois déchiqueté, copeaux, broyat…) pour conserver l’humidité du sol et limiter la concurrence avec les herbacées lors des premières années.

– Planter durant la période de repos végétatif des plants, entre novembre et mars.

Haie plantée sur talusHaie plantée sur deux rangs
Haie plantée sur talus – Les plants sont protégés par des gaines, maintenues par 2 échalas en bois.Haie plantée sur 2 rangs

Entretiens et suivis écologiques des haies

L’entretien d’une haie est capital pour la réussite et la durabilité de la mesure, en particulier dans les premières années qui suivent la plantation.

Lors des trois premières années, il est généralement préconisé un entretien de la végétation herbacée qui se développe sur les lignes de plantation. Cette intervention est nécessaire pour éviter que les jeunes plants ne soient étouffés par une végétation à croissance plus dynamique.

Par la suite, l’entretien des haies doit idéalement avoir pour objectif :

– Le maintien d’une haie d’au moins 1,5 mètre à 1mètre au-dessus du sol, avec un pied de haie herbacé fleuri d’au moins 1m de large de part et d’autre ; cette bande enherbée est fauchée de préférence en fin d’été.

– La présence de plusieurs étages de végétation, avec des essences diversifiées et adaptées au territoire : la strate arbustive et intermédiaire peut être conduite par une taille de formation en cépée afin de favoriser la densification de la haie à hauteur basse et médiane ; un défourchage et élagage des branches fortes peuvent être appliqués sur les hauts-jets, de préférence à la tronçonneuse manuelle, pour favoriser le développement des troncs principaux.

– La présence de bois creux et de bois mort au sol ; certains arbres peuvent être conduits en têtard favorisant la formation de cavités arboricoles et de dendromicrohabitats.

– La présence de ronces, lianes et autres plantes grimpantes.

Alignement de frênes têtards

Dans le cadre d’une mesure compensatoire, un suivi écologique est obligatoire pour attester ou non de sa réussite et vérifier l’atteinte de la non-perte nette de biodiversité. Les inventaires sont fonction des groupes taxonomiques ou espèces ciblées, généralement avifaune et chiroptères, avec une périodicité suivant les travaux à N+2, N+5, N+15, N+20, voire davantage selon les cas. Si une Obligation Réelle Environnementale (ORE) est conclue entre le porteur de projet et le propriétaire du terrain accueillant la mesure, un suivi de l’ORE est également réalisé annuellement afin de constater la bonne fonctionnalité des haies au cours du temps (suivi des taux de reprise des plants, besoin d’entretien, changement ou enlèvement des manchons de protection, etc.)

Sources

  • Bernard M., Daloz A., Jung D., Omnès. 2023. L’essentiel sur la haie. Office français de la biodiversité. Collection Comprendre pour agir. 28 pages.
  • Afac-Agroforesteries. Référentiel national sur la typologie des haies. Modalités pour une gestion durable, Réseau Haies France, 2ème édition, 2019

Vous êtes aménageur et souhaitez réaliser des mesures compensatoires sur un territoire ? 
> Contactez-nous
> Complétez le formulaire sur notre site internet dédié
Vous êtes propriétaire et souhaitez valoriser gratuitement votre foncier par la mise en œuvre de travaux de restauration écologique ? 
> Contactez-nous
> Complétez le formulaire sur notre site internet dédié

N’hésitez pas à nous suivre sur nos réseaux sociaux pour connaître toutes nos actualités : Facebook, LinkedIn et YouTube.